Recuerdos infantiles de Prudencia Taravillo Hurtado, mi madre. (fragmento)
« El aire lleva esencia sutil de azahar ». Así dijo el poeta. Así siento yo aún en mi pecho el 14 de abril de 1931.Tenía yo ocho años. Cuando se proclamó la República en España, el pueblo había votado y dijo ¡No! a Alfonso XIII; éste abdicó y se fue al destierro. Todo pasó sin efusión de sangre, aunque el año anterior había hecho fusilar a Galán y García Hernández por haberse sublevado contra la monarquía. Este rey representaba una aristocracia arrogante de todos sus privilegios, una burguesía codiciosa, militares facciosos y un clero tan potente como el estado.
El pueblo, aquel día de 14 de abril salió por las calles de Madrid, manifestando su alegría. En la Puerta del Sol, una muchedumbre de hombres, mujeres y niños la invadía, clamores de cantos y regocijo se alzaban por todas partes y de vez en cuando se oían los gritos de ¡Viva la República! Se oían de muy lejos. Los tranvías abarrotados de gente bajaban por la calle Toledo como si fuesen cajas llenas de racimos de uvas de todos los colores, pero lo que más resaltaba eran las banderas republicanas roja, amarilla y morada. Estos son los tres colores que representaron y aún representan para mí mi patria. Fue también de esos tres colores que ese día me hicieron un vestido de papel; con él me paseé toda la tarde. ¡Ay! Por la noche estuvo roto; frágil y corta fue su vida, como la de la República, que empezaba entonces. Esta República que tan alegre empezó, ¡qué caro la íbamos a pagar! (…)
Souvenirs d’enfance de Prudencia Taravillo Hurtado, ma mère (fragment)
“Il flotte dans l’air un subtil parfum de fleur d’oranger”Ainsi parla le poète. C’est ainsi que je ressens encore dans ma poitrine le 14 avril 1931. J’avais alors 8 ans. Quand on proclama la République en Espagne, le peuple avait voté et dit Non ! à Alphonse XIII ; ce dernier abdiqua et prit le chemin de l’exil. Tout se déroula sans effusion de sang, bien que l’année précédente il eut ordonné l’exécution de Galán y García Hernández pour s’être soulevés contre la monarchie. Ce roi représentait une aristocratie arrogante de tous ses privilèges, une bourgeoisie avide, des militaires factieux et un clergé aussi puissant que l’état.
Le peuple, le 14 avril, sortit dans les rues de Madrid, exprimant sa joie. A la Puerta del Sol, une foule d’hommes, de femmes et d’enfants l’envahissait, des clameurs de chants et de joie s’élevaient de toutes parts et de temps en temps, on entendait les cris de « Vive la République ! » On les entendait de très loin. Les tramways bondés de gens descendaient la rue Toledo semblables à des boites pleines de grappes de raisin de toutes les couleurs, mais ce qui ressortait le plus, c’étaient les drapeaux républicains rouge, jaune et mauve. Ce sont ces trois couleurs qui représentèrent et représentent encore, pour moi, ma patrie. De ces trois couleurs on me confectionna aussi ce jour-là une robe en papier ; je me promenai habillée ainsi toute l’après-midi. Ah ! Mais le soir elle était toute déchirée ; sa vie fut fragile et courte, comme celle de la République, qui commençait alors. Cette République qui commençait dans l’allégresse, comme nous allions la payer cher ! (…)